Mardi 25 janvier 2005 à 11h00
Rencontre avec Morad EL HATTAB, Ecrivain et Philosophe français, Prix Lucien Caroubi pour la Paix et la Tolérance
Morad El Hattab est philosophe. Il reconnaît l'influence qu'exerce Emmanuel Lévinas sur sa pensée. Premier écrivain musulman à élaborer un travail sur le mal à partir d'Auschwitz, son livre "Chroniques d'un buveur de lune", un essai sur le mal et l'amour, lui vaut de recevoir le Prix Lucien Caroubi pour la paix et la tolérance qui lui sera remis par Éric de Rothschild le 26 janvier à Paris.Il souhaite ardemment une paix israélo-palestinienne et pense que ce conflit n'est qu'un prétexte à la crise qui traverse les états arabes. El Hattab sinsurge contre les propos révisionnistes qui dédramatisent la Shoah et lutte activement contre lantijudaïsme. Morad El Hattab ne supporte pas la résurgence des actes antisémites en France et milite pour que des peines exemplaires soient appliquées aux propagateurs de haine. Il conseille des responsables politiques français contre les dangers du communautarisme.
Morad El Hattab est né 1974 dans le Jura de parents immigrés.
"Depuis la recrudescence des agressions anti-juives en France, nous voyons dans la presse se multiplier, de la part des intellectuels français, les tentatives danalyse essayant de rendre compte de ce phénomène. De limportance de limmigration de religion musulmane jusquà ce vieux fond danti-sémitisme persistant dans notre pays, toute la palette des causes affectant plus particulièrement la nation des Droits de lHomme semble avoir été examinée. Des livres sont même parus dont le point commun est de décrire avec raison lanti-sémitisme comme une hydre de Lerne dont chaque tête coupée renaît à nouveau à loccasion des conflits et des haines du temps présent.
Quil y ait actuellement dans la politique de répression systématique et de refus du dialogue de M. Ariel Sharon de quoi favoriser lengagement de jeunes beurs présents dans nos banlieues en mal didentification, de reconnaissance et de cause à défendre, cela nest pas douteux. Mais on minvitera ici à ne pas confondre anti-sionisme et anti-sémitisme. Cette distinction, aussi nécessaire et pertinente soit-elle, ne semble cependant pas valoir dans lesprit des auteurs dattentats et dagressions physiques contre des personnes juives. M. Jean Daniel a parfaitement raison de distinguer lanti-sémitisme actuel de celui du Troisième Reich en posant la différence entre la condamnation des Israéliens pour ce quils font et la haine des juifs pour ce quils sont. Toutefois, quiconque prêtant un tant soit peu attention aux slogans et aux injures dont sont accompagnés les attentats de ces derniers mois, ne pourra sempêcher de relever clairement dans la façon dont se manifeste violemment la première, la persistance insidieuse, fantasmatique, inconsciente ou revendiquée de la seconde. Si lanti-sionisme, lanti-sémitisme et lanti- judaïsme constituent trois façons différentes de critiquer et de haïr le « juif », il est difficile de séparer très distinctement, dans lesprit des agresseurs, la remise en cause de la politique israélienne de la haine du peuple juif et du rejet de sa religion dans la mesure où nous avons affaire ici à un peuple dont lunité politique repose dabord sur sa religion.
Pourquoi revenir sur une telle évidence ? Parce que sans elle, il est impossible de comprendre tout à la fois la spécificité de ce peuple ainsi que celle de la haine dont il est la victime récurrente. On nest pas juif comme on est français : dans le second cas, on « a » la nationalité française, la culture française, etc. alors que dans le premier, toutes ces définitions dappartenance restent suspendues à la condition originelle dun « être juif »; cest là toute la différence entre lavoir et lêtre, entre lattachement à la terre, au patrimoine et la détermination dune certaine façon « dêtre au monde » dont il est impossible de trouver lorigine ailleurs que dans la religion.
Il convient de le répéter : si nous navions affaire quà une critique entreprise par lintelligence contre une certaine politique, nous naurions pas à nous plonger dans les origines religieuses dune civilisation et plus encore dune façon dêtre mais lanti-sémitisme est sans conteste le résultat dune passion, au sens pathologique du terme, dune inclination fantasmatique dont le but nest pas de poser des distinctions mais de les annihiler et dengendrer sans fins des confusions. Cest pourquoi nous navons pas dautre choix si nous voulons essayer de comprendre et de combattre ce phénomène jusque dans ses manifestations les plus récentes de ramener lanti-sémitisme à ce quil est toujours dabord essentiellement: lanti-judaïsme.
Or quest-ce que le judaïsme? Emmanuel Levinas nous répond : « la religion du désensorcellement ». Platon appelait « enthousiasme » cette transe sacrée du poète ou de la Pythie de Delphes par laquelle les dieux pariaient par la bouche des hommes. Le propre du judaïsme consiste à rejeter lidée selon laquelle lhomme nest jamais plus proche des dieux que lorsque il ne sappartient plus. LEternel parle à Moïse, et non par lui; ce quil lui donne ce sont les Tables de la Loi, soit les règles lui permettant de respecter Dieu en se respectant soi-même et les autres. Désensorceler la relation des hommes à Dieu, cest poser lhomme comme liberté et responsabilité face à Dieu. La culpabilité originelle dAdam et Eve qui crée la condition proprement humaine des créatures de Dieu na pas dautre fin que celle de nous rendre infiniment responsables de nous-mêmes et des autres. Lhumanité est née davoir dit « non » à Dieu et « cest une grande gloire pour le Créateur, nous dit Levinas, que davoir mis sur pied un être qui laffirme après lavoir contesté et nié dans les prestiges du mythe et de lenthousiasme; cest une grande gloire pour Dieu que davoir créé un être capable de le chercher ou de lentendre de loin, à partir de la séparation, à partir de lathéisme. »
Le judaïsme, une religion dathées? Bien sûr que non mais une religion refusant absolument la mise sous tutelle de ses fidèles. Tant de personnes ne semblent chercher dans la religion que les vertiges de la possession et de lirresponsabilité absolue. Nest-ce pas dailleurs lessentiel du discours du premier meurtrier? « Suis-je le gardien de mon frère? » demande Caïn à lEternel qui linterroge sur labsence de son frère, ce qui signifie: « Est-ce à moi de veiller aux créatures que Tu as engendrées? Nétait-ce pas à Toi darrêter mon geste? Pourquoi mavoir créé ainsi si Tu savais que je commettrais le premier meurtre ? » Caïn refuse sa liberté, invoque la puissance tutélaire divine pour se dérober aux conséquences et à la responsabilité de ses actes.
Ce discours par lequel Caïn semble vouloir revenir à cet âge dor gâché par le geste de ses parents, à cette Eternité bienheureuse où les créatures de Dieu, non encore séparées de lui, erraient dans la bêtise et lextase de leur inconscience, est celui-là même que lon retrouve, depuis, dans la bouche de tous les bourreaux du genre humain. Lorsque Eichmann décrivit lors de son procès la façon dont il appréhendait lécroulement du Troisième Reich, il exprima Jangoisse même de la liberté: « Je pressentais quil me faudrait vivre une vie difficile, individuelle, sans chef; que je ne recevrais plus dordre, que je nen donnerais plus que je naurais plus dordonnances à consulter, bref que je devrais vivre une vie inconnue de moi. » Le mal ne vient jamais des hommes mais de lincapacité de certains à assumer leur condition dhomme séparé de Dieu, de la nature, de la société, de leur chef, de leur classe, etc.
Cest cet athéisme-là qui se situe au coeur du judaïsme et constitue paradoxalement sa meilleure assise. « On peut appeler athéisme, nous dit Levinas, cette séparation si complète que lêtre séparé se maintient tout seul dans lexistence sans participer à lêtre dont il est séparé. » Si croire, cest se soumettre, invoquer la puissance divine comme un pantin suspendu aux fils du marionnettiste, se complaire dans lenchantement de la possession, alors il convient de briser lenchantement et de cesser de croire. Peut-être Albert Cohen, qui se croyait radicalement athée, na-t-il jamais été plus proche de son Dieu que lorsque il fait dire à son héros Mangeclous que les hommes ne sont vraiment bons que sans Dieu: « Laffirmation rigoureuse de lindépendance humaine, de sa présence intelligente à une réalité intelligible comportent le risque de lathéisme. Il doit être couru. A travers lui seulement lhomme sélève à la notion spirituelle du transcendant. » (Levinas). Lathéisme est une étape nécessaire à la majorité religieuse de lhomme par laquelle il parviendra à sarracher définitivement de la déresponsabilisation infantilisante du discours de Caïn.
Jamais nous n avons été autant quaujourdhui contraints, sous linfluence des médias mais aussi de toutes ces analyses à prétention socialisante, marxisante ou vaguement « psy », à décrypter notre propre comportement comme celui de « possédés » ou de victimes de déterminations qui nous échappent. Cela donne lieu aux interprétations suivantes: le jeune beur incendiant une synagogue et célébrant Ben Laden sur les murs de sa cité nest pas responsable du mal quil fait mais se trouve être la victime des inégalités engendrées par une mauvaise politique de la ville ainsi que la proie de lescalade de la violence au Proche-Orient. Marquer « Mort aux juifs » sur un abribus nest pas tant un acte de racisme caractérisé quune façon pour lui dexprimer le « mal-être » de la vie en banlieue ainsi que les échecs à répétition de ses tentatives de reconnaissance. Peut-être progresserait-on un tant soit peu dans la compréhension de cette résurgence de lantisémitisme en commençant dabord par cesser de lui faire dire autre chose que ce quelle dit.
Briser lenchantement, cest dabord cela: arrêter de faire croire aux gens que ce quils font ou ce quils disent est intéressant à un niveau dont ils nont probablement pas idée.
Etre anti-sémite nest ni intéressant, ni « révélateur », ni « représentatif », c tout simplement proclamer sa haine pour une religion essentiellement éthique et dont les enseignements ne visent quà donner à lhomme la maturité nécessaire pour assumer sa liberté face à Dieu.
Peut-être les raisons profondes de lanti-sémitisme ne sont-elles pas à chercher ailleurs que dans cette extrême difficulté des hommes à pardonner au judaïsme le fait de les offrir ainsi constamment, dans chacun des actes qui constituent leur vie, au vertige de linstant présent, soit à langoisse dun choix dans lequel rien, pas même Dieu, ne doit empêcher ma volonté de se déterminer par elle-même. Ces raisons sembleront probablement trop « philosophiques » à certains pour expliquer les événements actuels; il est pourtant troublant de mesurer à quel point lanti-sémitisme rassemble toujours, par-delà leurs différences, des hommes ayant abdiqué de leur volonté propre, que celle-ci ait été découragée par ses échecs ou bien quelle ait été supplantée par la passion et le fanatisme. Lanti-sémite cristallise dans cette haine du juif tous les échecs de ses tentatives de reconnaissance, didentification de soi par les autres, de construction dun monde par la volonté des hommes. Bercé par le doux chants des sirènes médiatiques qui se perdent en explications plus ou moins oiseuses sur le caractère sociologique de ses (dé)motivations, il puise dans limpact que prennent ses actes de violence sur linformation et dans les analyses qui en découlent comme une invitation à persévérer dans son être puisque quelque chose qui vient de lui est enfin « reconnu », comme sil avait trouvé « sa voie » dans une impasse, sa raison dêtre homme dans le rejet de lautre homme, lexpression véritable de sa volonté dans la construction fantasmatique et haineuse du « juif ».
Il ne sagit pas de refuser en bloc toute tentative dexplication de ces phénomènes mais seulement de condamner celles qui ne font que perpétuer « lenchantement ». Or les causes de cet ensorcellement semblent profondément liées à notre modernité: « la sorcellerie, cest cela: le monde moderne, nous dit Levinas, rien ne se dit car aucun mot na son sens propre; toute parole est un souffle magique; personne nécoute ce que vous dites; tout le monde soupçonne derrière vos paroles du non-dit, un conditionnement, une idéologie. » Quiconque sest déjà essayé à discuter fermement avec, par exemple, un militant marxiste pur et dur ne peut que confirmer ce constat: il nest rien de ce que vous lui opposerez comme argument quil ne retrempera à la source de son origine comme au seul critère réellement valide de son authenticité: « tu parles en tant que fils douvrier, écrasé par lidéologie du capital » ou bien « tu es le produit de la classe bourgeoise donc tu ne peux dire autre chose que ce que tu dis. » Ce que je dis ne peut être que lexpression de ce que je suis, en tant que mon être loin dêtre le produit de ma volonté est déterminé par mes antécédents sociaux culturels, religieux, etc. Qui ne voit quil y a dans une telle analyse de la parole tous les éléments nécessaires à entretenir le fantasme antisémite de la possession des êtres par leur race, par leur histoire ou leur rang social, et surtout celui de limpossibilité pour qui que ce soit de se libérer par sa parole, de se dire au travers de ses mots non pas tel quil est mais tel quil voudrait être.
Levinas nhésite pas à désigner clairement les responsables dun tel dévoiement en le décrivant comme le résultat dun itinéraire: « Itinéraire au bout duquel lhomme qui parle se sent faire partie dun discours qui se parle. Le sens du langage ne dépend plus des intentions quil y met, mais du discours cohérent à qui le parleur ne prête que sa langue et ses lèvres. Non seulement le marxisme, mais toute sociologie et toute psychanalyse, témoignent dun langage où le principal ne réside pas dans ce que les mots nous enseignent, mais dans ce quils nous cachent. Langage verrouillé, civilisation daphasiques. Voilà des mots redevenus les signes muets des infrastructures anonymes, comme les ustensiles des civilisations mortes ou comme les actes manqués de notre vie quotidienne. A force de cohérence, la parole a perdu la parole. Dès lors aucun mot na plus lautorité nécessaire pour annoncer au monde la fin de sa propre déchéance. »
Peut-être nous est-il ainsi donné de mieux comprendre pourquoi le message envoyé par le judaïsme dune religion définissant lhomme comme liberté, comme être doté dune parole commençant authentiquement avec lui et allant vers un autre qui lui est absolument séparé, ne peut apparaître aujourdhui que comme profondément sacrilège dans la forêt enchantée de cette « civilisation daphasiques » dont chacun de nous est comme la belle au bois dormant. Qui saura rompre le sortilège et embrasser la Belle? La réponse est simple: lhomme revenu bredouille de la perpétuelle interprétation des signes, celui qui se résoudra enfin à voir dans lincendie dune synagogue non pas lacte manqué dune structure sociale ou dune conjoncture historique mais dabord lirresponsabilité dune conscience immature, terrifiée de sa propre liberté, réfugiée dans les totalitarismes ambiants du fanatisme grégaire et de lexplication « sociologisante » dans lesquels sépuise le sens même de toute parole et de tout acte.
Lattitude quil convient dadopter face aux attentats anti-sémites ne consiste pas à se poser la question de savoir ce quil peut vouloir signifier mais dy voir lorigine même du mal dans ce quelle a de plus terrifiant et de plus fantasmatique, soit ce mouvement récurrent dans lhistoire, coïncidant avec les massacres et les camps de la mort, par lequel lhomme soudainement ne veut plus vouloir, se complaît dans limpudeur de ce que Gombrowicz appelle « I immaturité », vertige et angoisse de lhomme devant cette liberté dagir qui se nie elle-même en faisant sa cible privilégiée dune religion où lhomme ne tient pas sa parole de Dieu mais ladresse librement à Lui.
Ici encore, les mots de Levinas sont particulièrement justes: « La crise de lidéal humain sannonce dans lanti-sémitisme qui est en son essence la haine de lhomme autre, cest-à-dire la haine de lautre homme. » Car cet autre homme nest pas seulement mon prochain dont les totalitarismes de toutes sortes essaient docculter le fait indépassable de laltérité par lassimilation raciale, létiquetage social, ou les solidarités traditionnelles mais aussi moi-même tel que je serai demain si la force et la volonté de ma parole se révèlent suffisamment authentiques et libres pour me créer dans linstant à venir à son image.
Cette haine de lautre homme ne peut se comprendre que comme désignant aussi cette haine de lautre que je porte en moi et dont chaque seconde voit en quelque sorte comme laccouchement incessamment renouvelé. Ce temps de la mort et de la corruption dans lequel Adam et Eve nous ont précipité est aussi celui du choix et, contre la pose figée et statuaire de lEternité, de la libre création de soi dans linstant. Lantisémitisme a toujours été le fait de particularismes ancestraux, de vieux réflexes nationalistes, didéologies entièrement tournées vers la réhabilitation du passé. Lun des mythes fondateurs du nazisme est le Sphinx renaissant de ses cendres et son leitmotiv, la résurgence dune race indo-européenne noyée dans les gênes du passé. De même, lantisémitisme profond des Talibans se marie parfaitement bien avec le port de la bourka imposée à la femme, linterdiction de linstruction des filles et le rétablissement dun code de lois parfaitement suranné. La peur de lautre présente dans lanti-sémitisme est la peur de cet autre homme que chaque instant qui passe et chaque évolution de la société minvitent à devenir.
Voilà le sens de la parole authentique, seul à même de briser conjointement lenracinement au passé de toute logique totalitaire et lenchantement moderniste de la réduction des hommes aux déterminismes de toutes sortes: la parole simple et prophétique par laquelle ce que je dis cesse dêtre le produit de ce que jai été pour révéler lhorizon de ce que jai à être. Et si la parole messianique du judaïsme navait pas dautre fin que de faire de chacun de nous le Sauveur de sa propre vie? Et si cétait à lencontre de cette parole de responsabilité, plus que de tout autre chose, que lanti-sémite nourrissait, sans sen rendre compte, ses plus grandes terreurs?
Lanti-sémitisme est une passion, au sens temporel du terme, soit un attachement exclusif à son passé et une crainte absolue à légard de tout ce que le futur peut mapporter de neuf, et plus encore tout ce quil me permet dêtre de nouveau, soit infiniment libre, il est un fantasme, au sens où le mal est un fantasme, puisque cest toujours quand lhomme renonce à être ce quil est, devient volonté immature, hésitante et finalement avortée quil laisse agir en lui les mécanismes anonymes, conservateurs du passé et de la peur. Aucun « Je » ne peut, en toute conscience, revendiquer dêtre anti-sémite dans la mesure où il nest rien dans cette prétendue cause qui puisse constituer quoi que ce soit qui soit susceptible de valoir comme objet à une volonté individuelle. Aucun homme ne se fait, ne se forge dans lantisémitisme; il nest besoin, pour sen convaincre que de contempler les pauvres idoles du Troisième Reich et lanalphabétisme régnant en Afghanistan après le passage des Talibans. Ce sont toujours les « on » qui sont anti-sémites, les « on » qui paradent à la lumière des torches, dans le claquement des bannières à croix gammée, ou les ombres furtives tagguant des slogans anti-juifs et déversant des bidons dessence sur les murs des synagogues. De lanti-sémitisme, on pourrait dire ce que le philosophe Clément Rosset dit de lidée de nature: à savoir quil nexiste pas et que « rien nest invulnérable comme ce qui nexiste pas. »
Il est vrai que si la raison parvient toujours à maîtriser des raisons, elle se révèle malheureusement inefficace contre lénergie détournée de celui qui se laisse fasciner par le mythe du retour au Paradis Perdu, qui refuse cet athéisme de la maturité sans lequel on ne saurait être paradoxalement un vrai croyant, soit un sujet libre et autonome et qui ,à vouloir, préfère le confort fantasmatique de la détestation. Il convient pourtant de pas baisser les bras et dopposer aux attentats et aux agressions contre le judaïsme tout ce qui fait la force de son message : soit le désenchantement et le refus de toute inclination humaine à se laisser posséder par Dieu.
Peut-être certains, parmi les lecteurs de cet article se poseront-ils la question de savoir pourquoi moi, qui suis de religion musulmane, je mengage dans cette cause ou même pourquoi je ne me convertis pas au judaïsme. La réponse est simple. Ce nest pas le plus petit dommage de cet enchantement de la possession et de lenthousiasme en religion que davoir sciemment perverti et caché les très nombreuses convergences, les messages communs et finalement lidentité dorigine des trois monothéismes. Ce nest pas insulter lislam que de lui reconnaître plus que des affinités avec le judaïsme. Quiconque comprend la vocation universelle de toute religion à construire lhomme ne peut quêtre davantage attiré par leur complémentarité dans cette oeuvre que par leurs dissensions, quels que soient par ailleurs les désastres historiques qui malheureusement continuent den résulter. Jen veux pour preuve cet hommage que Levinas, encore lui, adressa à lislam dans une allocution pour lUnion des étudiants juifs, à la Mutualité, en 1959: « Lislam est, avant tout, lun des facteurs principaux de cette constitution de lhumanité. Sa tâche a été ardue et magnifique. Depuis longtemps a-t-il dépassé les tribus où il naquit. Il a essaimé dans trois continents, Il a uni des peuples et des races innombrables. Il a compris mieux que quiconque quune vérité universelle vaut mieux que les particularismes locaux. Ce nest pas par hasard quun apologue talmudique cite lsmaël symbole de lIslam parmi les rares fils de lhistoire sainte dont le nom fut formulé et annoncé avant leur naissance. Comme si leur fonction dans le monde était, de toute éternité, prévue dans léconomie de la création."*
Morad El Hattab, écrivain
*Cette citation ainsi que toutes celles dEmmanuel Levinas sont extraites de son recueil darticles sur le Judaïsme intitulé « Difficile Liberté » Ed Livre de Poche- Biblio essais
Agenda des conférences
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Vendredi 10 février 2012 à 14h00
Congo - Développement durable et solidarité: le rôle du Conseil Economique et Social -
Mardi 14 février 2012 à 09h30
Conférence de presse de Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche à l'élection présidentielle
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